À partir de cette expérience qui est devenue mon quotidien, avec l’équipe de Rodéo, nous travaillons sur l’inflammation et surtout sur les conditions et les effets de l’embrasement. Q’est ce qui le produit, construit des terrains propices à son apparition? Qu’est ce qui reste de lui et qu’est ce que ce reste – la fumée, la brume – peut nous enseigner au sujet de ce qui n’est pas juste un accident momentané mais la création d’un nouveau milieu d’expérience qu’on veut trop vite « apaiser », autrement dit, étouffer.
Nous relions le corps intime au corps social et au corps terrestre. À Villeurbanne, où j’ai grandi dans les années 1980, nous nous approchons de l’histoire du quartier Olivier-de-Serres, appelé par ses habitant·es « la médina brumeuse », où, dès la fin des années 1960, serait née la pratique du rodéo et de la voiture brûlée. Sous la grosse imagerie des « violences urbaines » largement diffusée dans les années 80, nous tentons de faire remonter tout autant la fabrique de l’image que les histoires piétinées de ceux qu’on a stigmatisés comme les fouteurs de feu.À Bruxelles, où je vis aujourd’hui, nous traversons la forêt de Soignes et, sous l’apparente beauté du végétal qui, en pleine urbanité, nous laisse respirer, nous observons un corps forestier soumis à la sécheresse et à la pression urbaine.
Avec Camille Louis, autrice et dramaturge du projet, nous écrivons à partir de fragments et d’états, en faisant du brouillard mental une méthode et une esthétique. Nous avançons par excavations partielles : récits, souvenirs et archives étouffées qui affleurent sans se recomposer entièrement. Dans Rodéo, il n’y a donc ni révélation ni résolution : fragments de textes, de sons et d’images composent un paysage scénique traversé par trois performeur·euses qui construisent un étrange concert mémoriel.